Vietnam

D’une nature silencieuse au tintamarre de la capitale

Dans la blancheur matinale, notre train nous dépose à Ninh Binh, communément appelée la Baie d’Halong terrestre. À un jet de pierre, Tam Coc est notre destination. Pour la première fois, nous sommes confrontés au froid. Malgré la superposition discutable des vêtements les plus chauds dont nous disposons, nous sommes frigorifiés. Entêtée, la brume s’agrippe fermement aux innombrables pics rocheux, donnant au paysage une apparence fantomatique. La lumière ne semble jamais atteindre ce recoin du monde. Heureusement, nos réservoirs sont déjà bien remplis. Yann, par principe à contre-courant, est le seul à apprécier cette météo à la belge. L’occasion « rêvée » de porter du long et de s’abreuver de chocolats chauds.

Le Vietnam est un pays moins accessible que je ne l’imaginais. Au premier abord, on se heurte à une froideur certaine. Cependant, au fur et à mesure, nos jugements se fissurent. Les enfants sont, inconsciemment, des briseurs de glace. Grâce à eux, un lien se crée et la rencontre se produit. Nous vivons ainsi quelques instants de grâce. La marchande de rue qui leur offre une fraise, la vendeuse qui nous explique comment fonctionne un jeu populaire avant de nous le tendre pour nous le donner, ou encore la serveuse qui leur lance un « C’est parti mon kiki! » incongru… En marchant, je perçois les regards attendris qui éclairent les visages quand ils croisent Mia, qui porte en écharpe son élan crocheté. On sent un amour débordant pour les enfants. Dans notre pension familiale, comme souvent en Asie, plusieurs générations vivent sous le même toit.

Dans un restaurant local aux saveurs exquises, nous faisons la connaissance d’un quatuor français attachant, originaire de Charente-Maritime. Par le plus beau des hasards, nous multiplions les rencontres. Baroudeurs confirmés, Sophie, Marianne, Dominique et Philippe nous partagent leur vécu. Les conseils les plus avisés se dénichent auprès des autres voyageurs. Impossible de résister à la description dithyrambique de Dominique de la balade en barque dans la baie de Trang An : « C’est FA-BU-LEUX! Ça nous a réconciliés avec le Vietnam! » Alors que nous avions peur de la foule, nous nous retrouvons seuls avec le silence. C’est magnifique. Dans cette nature indomptée, nous oublions les kilomètres parcourus la veille, à travers des travaux et des zones industrielles sordides. Nous traversons neuf grottes, très basses, qui nous obligent à nous baisser. Ben ne trouve rien de mieux à faire que d’évoquer, lorsque nous sommes à la merci de la montagne, de gros orages et des crues rapides. Dommage que la strangulation laisse des traces. Au moment de se dire au revoir pour de bon, Philippe dit à Ben que « Seules les montagnes ne se rencontrent pas ». Je ne connaissais pas l’expression, je suis ravie. Peut-être qu’un jour, nous aurons la chance d’honorer leur invitation à aller déguster des huîtres dans leur belle région.

C’est décidé, Hanoï est notre dernier point de chute au Vietnam, et non le moindre. Dans cette fourmilière et ce trafic de mabouls, il y a de quoi se sentir insignifiant. Traverser la rue constitue un acte de bravoure, accompagné d’un signe de croix. Un conducteur de scooter m’écrase le pied en reculant, ce qui semble si anodin que des excuses sont superflues. Ici, la notion de concurrence est inexistante, chaque rue ayant sa spécificité. Tour à tour, nous arpentons le quartier des lunettes, des habits militaires, des cadres, des pneus, des fleurs… et j’en passe! La rue du train est l’une des plus fameuses curiosités d’Hanoï. Nous parvenons à le regarder passer, à la troisième tentative. Blasés, nous ne nous sommes pas pressés cette fois. Résultat des courses, le chauffeur de taxi nous dépose prestement, en criant : « THE TRAIN! » Pris de panique, on traverse la rue n’importe comment, et les rails de la même façon. Par une vivacité d’esprit fulgurante, Mia pense à déposer ses capsules sur les rails au passage. Elle les observe se faire écraser en jubilant, dans le but de les garder en souvenir. La tradition a été respectée, délivrance! La journée se poursuit au musée d’histoire militaire. Bâtiment neuf, austère et imposant, construit en dehors de la ville. Dans le parc sont exposés des véhicules, dans un état de conservation étonnant : américains d’un côté, vietnamiens de l’autre. On ne mélange pas les torchons et les serviettes. La carcasse d’un avion américain, une véritable œuvre d’art, retient mon attention.

D’Hanoï, nous retiendrons aussi le charme du vieux quartier aux maisons jaunes. La vie qui bourdonne sur les trottoirs. Partout, les locaux qui se réunissent pour boire un verre ou manger sur de minuscules tabourets, agglutinés devant les restaurants. Dans cette effervescence, nous avons retrouvé une authenticité qui nous avait manqué. Espérons qu’elle nous accompagne jusqu’à la prochaine destination : les Philippines! ☀

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