Laos

4000 îles et Champasak, trésors cachés

Nous étions loin d’imaginer ce qui nous attendait sur l’archipel de Si Phan Don (4000 îles, en laotien). Pourtant, la traversée en bateau aurait déjà pu nous mettre la puce à l’oreille. Le soleil disparaît et cède sa place à un ciel rougeoyant. Nous sommes au coude à coude avec les autres voyageurs, unis dans la contemplation et l’incrédulité.

Même si nous logeons sur Don Det, la plus « festive », nous traversons chaque jour le pont français pour vagabonder sur Don Khon, sa voisine. Je m’attelle ici à une tâche ardue, celle de décrire fidèlement la magie de ces îles minuscules, aux confins du monde. L’existence s’organise autour du majestueux Mékong, qui peut atteindre ici sa largeur maximale (une dizaine de kilomètres !). Sur cette étendue, des îlots verdoyants sont disséminés, donnant son surnom à cette région préservée. Parfois situés à un jet de pierre d’une maison, ils peuvent accueillir un potager soigneusement entretenu, entouré de barrières artisanales, qui me font penser aux barrières de noisetier. Lorsque la chaleur s’estompe, on peut voir les habitants s’y affairer. Au vieux port, nous goûtons à la vie locale dans un moment vibrant de simplicité, en mangeant des nouilles sur des chaises de camping. Nos flâneries nous mènent sur des rives bordées de cailloux et de sable. Des décors qui rejoignent, dans mon imaginaire, ceux des Indiens d’Amérique. Un parcours de ponts suspendus nous permet d’admirer les chutes bouillonnantes de Tat Somphamit, éclaboussés par les embruns des cascades. Quelle serait la puissance du courant à la saison des pluies?

L’absence de voitures est une bénédiction, exacerbant la perception des chants d’oiseaux. Seuls les moteurs tonitruants des pirogues lancées à toute allure peuvent entrecouper cette quiétude. Depuis les routes étroites qui longent le fleuve, on assiste à une vie insulaire paisible : les enfants qui roulent à vélo, les siestes dans les hamacs sous les maisons sur pilotis, la pêche… L’insouciance est partout. Même lorsque des grappes d’enfants, tous âges confondus, sautent à l’eau. Ils se laissent emporter sur une courte distance, avant de remonter cahin-caha sur la berge et recommencer, infatigables. Avec nos yeux (peureux) d’étrangers, on a tendance à s’interroger sur les dangers potentiels. Les courants peuvent être forts, et les cascades mortelles. Mais ils ont grandi ici et connaissent cet environnement comme leur poche. Les aînés veillent sur les petits. Un espace de liberté aux possibilités infinies. Un riche terrain de jeux. Cet humble portrait serait incomplet sans mentionner les animaux. Cochons, volaille, buffles, chiens, chats… se partagent ce royaume et semblent atteints de la même langueur que les locaux.

Pour la première fois, nous nous lions avec une autre famille, franco-allemande, rencontrée sur le bateau. Veronica et Sébastien voyagent avec leurs trois garçons. C’est gai de pouvoir partager les joies et les galères du voyage en famille. Et pour les enfants, d’avoir des compagnons de jeux. Yann décide d’avancer son anniversaire d’un jour pour pouvoir le fêter avec ses copains. Nous partons… à la pêche! Celle-ci aura été peu fructueuse mais la joie est au rendez-vous, grâce une baignade consolatrice au coucher du soleil. Un anniversaire mémorable (même sans galette des rois) pour celui qui me déclare, crânement, qu’il n’a plus assez de doigts pour dire quel âge il a.

Champasak est la dernière étape de notre second passage au Laos. Nous visitons l’ancien sanctuaire khmer du Vat Phu, à flanc de montagne. Il est considéré comme un joyau du Laos, nous comprenons pourquoi. Les images parlent d’elles-mêmes. Sur la pierre de crocodile, l’idée nous traverse de pratiquer, comme autrefois, un sacrifice humain. Finalement, nous n’en ferons rien. Nous avons eu notre compte d’émotions intenses lorsque le propriétaire de la guesthouse a failli écrabouiller Mia, en nous expliquant comment fonctionnaient les scooters électriques. N’ayant pas conscience que l’engin était allumé, il a tourné la poignée d’accélérateur et l’a coincée violemment contre un autre scooter. Cette scène a été à la fois très courte, et a duré une éternité. Il m’a fallu du temps pour reprendre mes esprits, et quelques jours à Mia avant d’accepter de remonter sur un deux-roues. Ce qu’elle fait avec son père, fervent défenseur de la thérapie par conditionnement malgré les protestations maternelles : exposer progressivement la victime à des situations anxiogènes pour éteindre la peur. Cette petite battante retrouve rapidement son tempérament optimiste, pendant que sa mère mange des pilules de valériane. Le lendemain matin, elle se lève avant moi, et me laisse un mot sur le lit : Je suis dehors, je regarde le soleil. Ne jamais oublier de mesurer sa chance.

Plutôt que de partir en road trip sur le plateau des Bolovens, célèbre pour ses plantations de café, nous décidons de rester tranquilles. Nous prolongeons notre séjour dans cette ville, belle et somnolente, avant de tracer la route jusqu’au Vietnam. Le Laos semble indétrônable, mais la curiosité reste intacte. Sans cesse réajustée, l’aventure peut continuer! 🌏

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