Laos

Dolce vita à Luang Prabang

Parmi les expatriés, un adage circule au sujet de cette ville : Luang Prabang un jour, Luang Prabang toujours. Un couple de français, en tour du monde à vélo, a stoppé sa route ici il y a dix-huit ans. Nous sommes également victimes du pouvoir d’attraction de cette cité spirituelle. Avec ses temples à chaque coin de rue, et ses moines dans leurs tenues flamboyantes. Très rapidement, nous décidons de modifier nos plans et de prolonger notre séjour, afin de nous imprégner. Luang Prabang jouit d’une localisation stratégique, avec une pléthore d’activités aux alentours, ce qui termine de nous convaincre. Poser nos sacs nous permet aussi de tisser du lien avec les gérants de la guesthouse et de recréer un sentiment de familiarité réconfortant, au sein d’une parenthèse nomade.

Notre hôtel se trouve à deux pas du grouillant marché de nuit, lieu de satisfaction pour toutes les papilles. Le premier soir, nous nous gavons de samossas et de rotis à la banane. Au Laos, il nous semble logique de manger indien. Nous prenons le temps de flâner dans la ville, d’arpenter ses ruelles en admirant ses maisons coloniales aux balcons fleuris. Ses nombreuses boulangeries aux vitrines débordantes de viennoiseries nous replongent dans les souvenirs de Pondichéry. L’influence française est flagrante, ce qui n’est pas pour déplaire aux amateurs de croissants. Nous dénichons un endroit sans prétention, où ils servent un café (tout juste filtré) à tomber. Souvent, nous y reviendrons, pour des petits-déjeuners à rallonge ponctués de parties d’échecs. Malgré l’accumulation de mes défaites, je tâche de rester digne. Au bord du Mékong, les terrasses colorées invitent à la paresse. Nous explosons le quota de massages des pieds, un pur délice. Luang Prabang n’a pas vendu son âme au tourisme de masse. Au fil des conversations, nous en apprenons un peu plus sur les mesures en vigueur. Pour un étranger, il est impossible d’acheter une maison à son nom. De même, si un expatrié crée un business, il est dans l’obligation de s’associer à un Lao, qui sera actionnaire majoritaire. Des précautions qui ont sans doute contribué à protéger leur patrimoine.

Entre ville et nature, les visites s’enchaînent, à un rythme modéré. L’arrivée aux chutes d’eau de Tad Saé entraîne une modification soudaine du comportement des enfants. Alors qu’ils traînaient initialement la patte, ils se mettent à sauter comme des cabris, le cœur animé par la promesse d’une baignade. L’eau est froide, mais le décor saisissant. Cette journée se clôture par une divine pizza dans un cadre agréable. Yann, en totale maîtrise des convenances sociales, lâche un pet, qu’il espérait discret. C’était sans compter sur la vigilance de sa sœur, qui se met à crier : « Il a pétéé! », à tour de bras, un index impitoyable pointé sur le coupable. L’auteur des faits, à ce stade cramoisi, vient de recevoir une belle leçon de bienséance. Pas de chance pour lui, la population du resto est, ce soir-là, essentiellement francophone. Que c’est bon de se tordre de rire, un moment de légèreté qui apaise les esprits. De quoi oublier la promiscuité, les disputes fraternelles récurrentes et les oppositions aux devoirs. Une liste exhaustive des principales difficultés rencontrées, dans cette phase que nous pouvons toujours qualifier d’acclimatation.

Une visite instructive s’impose au musée dédié à l’histoire des munitions non explosées (UXO). Le Laos, qui n’était pourtant pas impliqué dans le conflit, a été largement touché par les bombardements américains durant la guerre du Vietnam. La menace de ces bombes latentes continue à hanter la population, en particulier dans les villages pauvres et isolés. Les témoignages d’enfants mutilés, poignants, nous laissent sans voix. Parmi nos pérégrinations, citons la grotte sacrée de Pak Ou, abritant des milliers d’effigies de Bouddha. Ou encore la visite d’un atelier de fabrication de papier, à base d’écorce de mûrier. L’occasion de nous adonner à un cours pratique, chouchoutés par les artisanes. Un atelier de tissage bat son plein. Leurs gestes, rapides et précis, sont quasi hypnotiques.

Nous prenons notre courage à deux mains pour gravir, au crépuscule, les quelque trois cents marches pour atteindre le Mont Phu Si, offrant une vue panoramique sur la ville. Étrangement, le point culminant de cette sortie ne se situe pas au sommet, mais dans la redescente, lorsque nous entendons des chants émaner d’un petit temple, dont les portes ouvertes attisent la curiosité. Les voix d’une poignée de moines suffisent à nous envoûter. Vibrant! À plusieurs reprises, nous empruntons le bac, une expérience immersive dans la foule locale, pour rejoindre l’autre rive inexplorée du Mékong. Lors d’une croisière, admirer le coucher du soleil sur ses eaux calmes me permet d’achever en beauté ma journée d’anniversaire. Une chose est sûre, Luang Prabang aura tenu ses promesses.

Cap sur le Sud de la Thaïlande pour retrouver la famille, ô joie !

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