Camotes, le temps retrouvé
Voici l’épilogue d’une destination finale qui s’est imposée, naturellement, comme une évidence. Des Philippines, nous ne retiendrons ni les villes, ni la cuisine. Nous en sommes au stade où nous dépensons une fortune pour acheter du fromage, dans les commerces destinés aux expatriés. La complexité des déplacements, coûteux et énergivores, est aussi une donnée à prendre en compte. La chaleur des contacts humains, par contre, est fabuleusement compensatoire. C’est la plus grande joie éprouvée dans cette partie du globe. En l’espace de plusieurs semaines, pas un seul jour ne s’est écoulé sans entrevoir l’amabilité sincère et touchante des Philippins. Et ça, c’est inestimable!



Aux îles Camotes, on rencontre principalement des plaines verdoyantes qui s’articulent autour du lac Danao. Les panoramas sont moins spectaculaires que ceux rencontrés auparavant. Nous ne pouvons pas non plus ignorer les vestiges d’un typhon violent qui a fait des ravages en novembre dernier. Cependant, on y trouve un autre élément, tout aussi convoité : le calme absolu. Le tourisme est très modéré, comme si cette région des Visayas était restée oubliée. Une invitation à se délester du poids écrasant de la productivité. Nous dormons sur Pacijan, au bord d’une mer diaphane, quelquefois déchaînée. Les petits-déjeuners s’étirent, au son des vagues. Ainsi que les heures de lecture, sous le bruissement du vent dans les palmiers.



Il n’est pas rare que nos journées s’achèvent sur de jolies plages de sable fin pratiquement désertes, comme celle de Santiago. La confection de bracelets ou de barrages bat son plein, tandis que la lumière rosée s’installe. La capture (suivie de la séquestration) de bernards-l’ermite constitue, dans ce contexte, une autre activité de prédilection. Aux êtres chers qui sont nés en mars, nous transmettons nos bons vœux. Notre tranquillité n’est entravée que par les festivités qui se préparent derrière nous, volume sonore à fond et registre discutable.




Par chance, nous tombons au bon moment pour assister au Soli Soli, un festival annuel local. Avec beaucoup d’enthousiasme, Yann endosse son statut de « seul étranger » au milieu d’une marée humaine. Comme à notre habitude, nous lui démontrons par A+B qu’il ne devrait, théoriquement, pas en mourir dans d’atroces souffrances. Ce dépassement de lui-même est récompensé à la kermesse locale, délicieusement désuète. Ben en profite pour initier ses progénitures à l’art du pari. Sueurs froides et palpitations! Insatiable, Mia se frotte aussi à l’attraction du train fantôme. Une appellation quelque peu mensongère. Car elle consiste à embarquer dans la benne d’une camionnette grillagée et passer plusieurs fois dans un même tunnel fait de bâches, où des locaux affublés de masques de zombies surgissent de l’ombre. Si l’on en croit les cris stridents, il semblerait que même le ridicule peut faire mouche.



Nous écumons les grottes, où la baignade est possible. Une parade ingénieuse à une météo parfois incertaine. La petite Paraiso a son charme, malgré la chaleur viciée des profondeurs. L’air est plus respirable à Bukilat, qui jouit de puits de lumière naturelle et d’un décor lunaire. Seuls ceux qui ne redoutent pas les excréments de chauves-souris font trempette. Mia, en l’occurrence.






Nos excursions nous amènent à emprunter le pont qui relie notre petite île à Poro. Celle-ci a conservé, pour notre plus grand bonheur, un aspect très sauvage. Noyade dans les bananiers et les cocotiers! Se mettre en quête d’une cascade à l’aide de vagues coordonnées, sans l’ombre d’un panneau ou d’une indication, peut rapidement prendre la forme excitante d’un jeu de piste. Yann, dont l’entière existence ressemble à une métaphore de Koh Lanta, s’imagine qu’il est en train de participer à l’orientation. Après avoir serpenté parmi les arbres et sur un lit de fougères, nous choisissons de nous arrêter près d’un bassin émeraude ravissant. Un moment de communion avec la nature, si nous ne nous faisions pas dévorer par d’impitoyables moustiques. Ce n’est que bien plus tard, après avoir rejoint la civilisation et récupéré du réseau, que nous réalisons que nous n’étions pas au bon endroit. Qu’à cela ne tienne !



L’heure a sonné de reprendre la mer. Nous quittons les Philippines, comblés, portés par l’intime conviction que ce ne sont pas des adieux. Il reste tant à découvrir dans ce pays merveilleux! En route vers notre ultime étape, inédite et inattendue… 🐉
Migrer vers Badian, le toit de Cebu
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Un commentaire
Marie Luce Tossings
Margot, tu es une bonne conteuse, j’y étais vraiment.