Angkor, merveille du monde (chapitre 1)
Sous un ciel orange vif, nous atterrissons à Siem Reap. Quelques roulottes chargées avancent, tant bien que mal, sur le bord de la route. Le chauffeur de taxi confirme nos impressions. Il s’agit de familles qui ont déserté la zone de conflits, à la frontière thaïlandaise. Piqûre de rappel qu’il existe des réalités bien différentes de la nôtre. Dans le trafic, la lenteur cambodgienne compense une conduite hasardeuse. Nous profitons des premiers jours pour prendre nos marques et errer dans la ville. Au musée d’Apopo, nous assistons à la démonstration d’un rat-démineur, dont l’odorat surdéveloppé permet de déceler les mines, bien plus efficacement qu’un homme muni d’un détecteur de métaux. Ces petits rongeurs, généralement répudiés chez nous, sont considérés dans ce contexte comme des héros. C’est un Belge qui a fondé l’association. Subitement, nous sommes envahis par un sentiment patriotique d’une grande hypocrisie.



Exaltés, nous entamons la visite de la surnommée huitième merveille du monde, raison principale de notre présence ici. Exceptionnellement, nous fournissons l’effort de planifier et nous levons tôt. En éparpillant nos excursions sur trois jours non consécutifs, nous espérons éviter une overdose de temples et apprécier chaque site à sa juste valeur. Nous suivons les conseils du Lonely Planet, en gardant le meilleur pour la fin, la splendeur allant crescendo. Pourtant, dès les prémices, force est de constater que la barre est irrésistiblement haute!





Nous ouvrons le bal par le temple de Tomb Raider : Ta Prohm. Avant d’y pénétrer, nous lisons attentivement le panneau des consignes à l’entrée. Ben explique qu’il est interdit de crier. Mia comprend qu’il est interdit de cligner et se demande, en elle-même, combien de temps elle va bien pouvoir tenir. Inquiète, elle se confie à son frère, lui transmettant instantanément son angoisse. Tout en levant ce quiproquo, nous épongeons leurs fronts couverts de sueurs froides. Ici, la jungle semble reprendre ses droits. Les énormes racines des arbres envahissent et détruisent les bâtiments. Un véritable décor de film! Dans l’après-midi, nous montrons quelques séquences aux enfants. C’est assez drôle de revoir des lieux visités le matin-même, arpentés par Angelina. Nous enchaînons par Ta Keo, aux airs de civilisation maya. Puis Banteay Kdei, sublimé par un point d’eau et la lumière déclinante. Pour terminer, au bassin royal Sras Song, anciennement destiné aux ablutions, nous attendons sagement le coucher du soleil. Les traits des visages khmers se distinguent légèrement de ceux rencontrés dans les pays voisins. Cependant, une universalité se dessine : les enfants sont beaux. À la dérobée, je les observe, perchés sur leurs vélos trop grands. Sans jamais me lasser de leurs sourires désarmants.




Siem Reap est une cité animée, disposant de nombreux attraits, qui ne se limitent pas à la proximité d’Angkor. Il règne une atmosphère authentique, que nous appréhendons au fur et à mesure. Il y a aussi toute une part d’heures dont je ne parle pas forcément. Les heures perdues, qui ne portent pas bien leur nom. Car, même si elles semblent anodines, elles nous rapprochent parfois du quotidien des gens, forçant les rencontres et le « vrai ». Je parle par exemple d’un passage chez le tailleur pour raccourcir un pantalon, d’une pause pour un plein d’essence dans un boui-boui ou encore de l’achat de timbres à la poste pour envoyer du love. Un acte de résistance dans ce monde absurde d’immédiateté.

Sans oublier les dépôts de linge à la laverie. Ce qui m’amène à relater une anecdote riche en émotions. Dans le but d’éviter les frais scandaleux à chaque transaction par carte de crédit, nous avions demandé à ce bon vieux Rémi de nous apporter de l’argent liquide. Ce qu’il a fait consciencieusement, une pochette accrochée autour de son cou. De cette pochette contenant une somme rondelette, couvrant les frais d’un mois de voyage environ, Ben est le gardien attitré. Il décide de la dissimuler dans un t-shirt. Quelques jours plus tard, un passage à la laverie s’impose. Vous me voyez venir? Trois heures après le dépôt de notre linge sale, nous prenons conscience de notre erreur. La laverie est bien entendu fermée, à cette heure tardive. Ben affiche un rictus nerveux, que j’interprète comme un affront, alors que je rassemble toutes mes forces pour rester calme. Nous sommes, à cet instant précis, un couple au sommet d’une piste noire vertigineuse. Lorsque j’ose prononcer le mot « négligence », je me chausse d’une paire de skis. Sans autre forme de procès, il saute sur son scooter. Je fais alors ce qui est le plus indiqué en situation de crise : j’appelle la mamma. En lui expliquant que, s’il ne retrouve pas cette foutue pochette, il faudra davantage s’inquiéter de l’incident diplomatique conjugal qui va éclater dans la chambre 206 de l’hôtel Pandora, que de la guerre qui fait rage actuellement. La dame n’avait pas encore ouvert nos paquets. L’objet de nos tourments était là, intact. Pendant ce temps, je réalisais des exercices de respiration en FaceTime avec ma mère.

Nous attaquons une seconde journée d’exploration des sites sacrés, en débutant par les plus éloignés : Banteay Srei & Banteay Somré. Sur chaque pierre, lorsqu’on s’y attarde, les détails sculptés sont impressionnants. Parfois, l’environnement du temple nous enchante encore plus que le bâtiment en lui-même. Il est agréable de se perdre dans les allées ombragées des pourtours. C’est paisible. Ces lieux dégagent de la sérénité et incitent à parler tout bas, un peu comme quand on entre dans une église. En fin de journée, nous jetons notre dévolu sur Preah Khan et ses couloirs interminables. Sur le trajet, nous franchissons plusieurs portails, qui donnent la sensation exquise d’entrer dans un monde secret. Une fois encore, nous achevons notre périple par un point d’eau, le bassin de Jayatataka. Sur le chemin du retour, nous sommes troublés par la spiritualité ambiante, mystérieuse. Un peu partout, nous voyons des feux s’allumer et des moines prier.




Les enfants nous rabâchent les oreilles avec le réveillon de Noël depuis des semaines. Nous avons donc sorti l’artillerie lourde, en concoctant un programme attrayant, pour parer à un éventuel coup de cafard. Un tirage au sort (cacahuète) nous a permis de nous offrir des cadeaux au réveil, après nous être menti comme des arracheurs de dents pour brouiller les pistes. Des éclats de rire se font entendre, suite à la stupéfaction. Ils sont heureux de laisser s’exprimer leur créativité, durant un atelier poterie. Nous assistons ensuite à un spectacle au Phare, un cirque cambodgien réputé, à juste titre. Finalement, une pizza fait l’unanimité pour réchauffer les cœurs. Pour le 25, les coqs en pâte votent pour une excursion à l’aquarium. Noël peut aussi être joyeux, à quelques milliers de kilomètres de la famille.






Emportée par un élan d’écriture, je réalise que cet article compte déjà plus de mille mots. Je garde donc au chaud la deuxième partie d’Angkor, pour la semaine prochaine. Mon petit doigt me dit que nous ne sommes pas au bout de nos surprises, le plus spectaculaire étant encore à découvrir. En attendant, à toutes les jolies âmes qui passent par ici, nous souhaitons de merveilleuses fêtes 🎄

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3 commentaires
Tossings chantal
Coucou les cousins, merci pour ces belles photos, ce super résumé de vos activités. Nous vous souhaitons plein de magnifiques rencontres, découvertes dans ce pays du monde.
Co.
Hello les pigeons. Marge, c’est juste merveilleux, ce récit est incroyablement bien ficelé
sans parler des photos ! J’espère que l’incident diplomatique du couple aura laissé la
chambre intacte ! Joyeux anniversaire inoubliable pour toi et très bons réveillons à tous.
Vivement la suite. Gros bisous à vous 4 et prudence !
Made
Des images qui émerveillent,
Des descriptions de lieux qui enchantent,
Des anecdotes à éclater de rire (ma best, le clignement d’yeux),
La superbe robe de Mia (et ses slaches roses),
Des infos qui instruisent (les rats!),
La plume de mon Amie,
Vivement la suite, oui ! Quelle pépite !