Philippines

Siquijor, l’île aux sorciers

La légende raconte que Siquijor regorge de mystères. Des histoires de sorcellerie, de magie noire et de guérisseurs, tapis dans les montagnes. Peu de touristes philippins, superstitieux, osent s’aventurer jusqu’ici. Cette part d’étrangeté la rend d’autant plus fascinante à nos yeux. Découvrir sa splendeur s’accompagne de frissons. Envoûtement en perspective! La quantité de photos témoigne d’un choix impossible.

Au café Molmol, situé au Nord de l’île, les propriétaires français nous réservent un accueil chaleureux. Nous trouvons refuge au fond d’un jardin arboré, dans une petite maison traditionnelle en bambou. La piscine en pierres de Bali réamorce des projets rangés au placard. L’absence d’eau chaude, plutôt que de constituer un bémol, se transforme en réjouissance pour les enfants. On fait chauffer la bouilloire à l’heure du bain. Ils trouvent ça « absolument génial! » de se laver à la casserole. Même les araignées énormes qui s’infiltrent par les interstices du plancher n’entachent pas leur enthousiasme. Je m’auto-persuade qu’elles ne grimpent pas sur les lits.

Après nous avoir indiqué quels chemins emprunter, Jean-Christophe nous lance un « Vous verrez » accompagné d’un regard amusé. Nous comprenons rapidement ce qu’il voulait dire. Jungle, rizières, cascades, montagnes, plages… La diversité est hallucinante. Cela vaut la peine de se faire courser par des meutes de chiens enragés.

Les abords multicolores des écoles ponctuent nos trajets de gaieté. Une grande place est donnée à l’éducation. D’après nos sources, tous les enfants sont scolarisés, souvent en anglais. Ce qui nous donne parfois la chance de converser directement avec eux. Concernant la scolarité des Belges en vadrouille, je ne sais par quel tour de passe-passe, ils se tiennent scrupuleusement au courant du calendrier scolaire belge. Nos stratagèmes pour les faire avancer dans la matière sont infructueux. Il faut se rendre à l’évidence, une pause est souvent bénéfique. Certains signes ne trompent pas, comme lorsque Yann se colle un post-it Hors service sur le front, avant sa leçon de mathématiques. Nous nous focalisons sur les matières essentielles. Soyons honnêtes, ils ne pètent pas un mot de néerlandais. En revanche, ils commencent à se débrouiller en anglais. Ils sont par exemple capables de demander l’addition. J’aime à penser que nous sommes des parents pragmatiques.

À Tubod, nous admirons toutes sortes de poissons en snorkeling. Ben s’offre une pédicure très particulière, au pied d’un arbre centenaire qui serait habité par des créatures surnaturelles (oh oui, encore un peu de mystère, on ne s’en lasse pas). Au sanctuaire des papillons, nous nous extasions aussi sur les libellules. La cascade Locong remporte les suffrages. Tout d’abord, par son accès délicieusement pittoresque. Nous nous frayons un passage entre les cabanes et le linge qui sèche, avant de traverser la jungle. Finalement, nous débouchons sur deux bassins turquoise, le clou du spectacle. Ce n’est pourtant pas terminé. Au retour, nous nous retrouvons au beau milieu d’une partie d’1, 2, 3 piano. Les garçons s’incrustent dans le jeu, ce qui provoque l’hilarité des locaux. Dans ce fragment de vie, tient toute l’essence du voyage. Ce moment suspendu prend fin à la livraison de la pêche du jour et les exclamations de surprise que nous ne parvenons pas à retenir, face à un poulpe impressionnant. Notre second logement n’a rien à envier au calme du premier. Les feux de camp sont rassembleurs et initient des soirées internationales, sous de magnifiques ciels étoilés. Ben vit un échange instructif avec un trio de Chinois, qui lui exposent leur opinion sur la marche du monde. Ils pensent, en résumé et sans détour, que l’Europe est à la ramasse.

Afin de prolonger nos visas, un saut sur l’île voisine de Negros s’impose à nous. Nous en profitons pour visiter la ville de Dumaguete. Comme souvent, l’appel de la nature est obstiné. C’est là que nous trouvons notre bonheur. L’expérience des sources d’eau chaude est agréable (et même thérapeutique), si l’on parvient à faire abstraction de l’odeur d’œuf pourri, due aux émanations de soufre. Les Twin Lakes, Balinsasayao et Danao, sont des lacs de cratère nichés dans un parc naturel. Un paradis pour les oiseaux, dont les chants envahissent l’espace. Depuis notre barque, nous apercevons même un cobra, tout en restant à une distance respectable. Bizarrement, aucun membre de l’équipage n’insiste auprès du guide pour s’en approcher. Courage, fuyons! Sur la place du charmant village de Valencia, les enfants courent après les pigeons. Chaque excursion nous donne l’impression de faire un plongeon dans un océan de verdure. La visite de la cascade Casaroro, une chute d’eau verticale de 30 mètres, n’échappe pas à la règle. Après un parcours aventureux d’environ 300 marches et quelques traversées glissantes les pieds dans l’eau, nos efforts sont largement récompensés.

Demain, nous reprenons le bateau en sens inverse et retournons sur Siquijor. Nous éprouvons le besoin de nous poser quelques jours au Molmol, un endroit familier où nous avons tissé des liens. Synchronisation parfaite pour l’anniversaire de Mia. 7 ans au Sri Lanka, 9 ans aux Philippines. Dans quel décor fêtera-t-elle ses 11 ans? L’avenir nous le dira 💙

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